C’est sur la base nautique à Nice que nous rencontrons Gilles Gambini de retour d’une séance d’apnée du CIPA.

Présentation

Bonjour Gilles, peux-tu te présenter stp ?

Je suis Gilles Gambini. J’ai 27 ans et je vis à Nice.

Quel est ton métier ?

Je suis plongeur biologiste au CNRS à l’Université Nice Côte d’Azur au sein du laboratoire
ECOSEAS.

Gilles Gambini apnéiste plongeur scientifique
Gilles Gambini apnéiste plongeur scientifique

Quel est ton travail ?

Peux-tu nous expliquer ton travail pour que les jeunes, qui nous lisent, puissent s’inspirer de ton parcours et découvrir les métiers de la mer ?

Nous travaillons sur des programmes de recherches scientifiques. Pour se faire, nous établissons d’abord un protocole scientifique dont l’objectif est de rassembler des informations issues de nos prélèvements en mer. Ces relevés nous permettent de rassembler des données que l’on va ensuite analyser. Ces données sont alors réunies dans des articles scientifiques et ont pour objectif de mieux comprendre le fonctionnement du milieu marin.

Est-ce que ces relevés sont effectués en Méditerranée ?

Oui, actuellement nous procédons à des relevés en Méditerranée soit en plongée bouteille ou en plongée en apnée. Les relevés concernent la vie marine et ses espèces mais nous procédons aussi à des relevés chimiques. Nous travaillons au comptage « UVC » (Comptage visuel en plongée) : on observe et on compte les populations de poissons sur des habitats bien spécifiques où nous effectuons des prélèvements d’ADN environnemental pour suivre l’évolution de la biodiversité marine.

Ces données vous aident à mieux connaitre les espèces et les espaces marins ?

Oui, nous faisons actuellement nos relevés dans les Aires Marines Protégées (AMP) et également à l’extérieur de ces espaces pour ensuite faire un comparatif de l’état et observer si il y a un effet AMP ou pas. On travaille sur les 8 Aires Marines Protégées entre Monaco et le Cap Roux dans l’Estérel (pour voir les différents AMP dans notre réunion cliquer ICI)

Quel a été ton parcours ?

Peux-tu préciser quel a été ton parcours pour pouvoir aujourd’hui exercer ce métier ?

J’ai un parcours non conventionnel. Pour exercer mon métier, il faut généralement obtenir un
master en écologie marine. Pour ma part, j’ai commencé par un bac professionnel Forêt à Valdeblore.

En parallèle, je me suis formé très tôt à la plongée bouteille et à l’apnée.

Ensuite, j’ai fait un BTS en Gestion forestière sur Montélimar.

A l’époque, il n’y avait pas encore de BTS maritime. C’est chose faite, aujourd’hui cela existe ! (vous pouvez vous rendre sur le site dédié à ce diplôme en cliquant ICI).

J’ai ensuite travaillé en bureau d’études dans l’environnement côtier mais toujours dans le milieu terrestre. Puis j’ai obtenu, récemment, un diplôme universitaire (DU) en biologie et écologie sous-marine à La Rochelle. J’ai également obtenu mon diplôme de moniteur de plongée et de plongée en scaphandrier à l’INPP à Marseille. Il en existe aussi à l’ENS sur Fréjus. Ces différentes expériences vous permettent ensuite d’être employé comme biologiste marin.

Quelle est ta passion ?

A côté de ce métier, tu as aussi une passion qui te lie à la Méditerranée, peux tu nous en parler ?

Oui, il s’agit de la plongée en apnée. J’ai découvert l’apnée par la pêche sous-marine.

Cela peut paraitre incongru, mais en fait cela s’intègre totalement dans ma façon de penser et de vivre. Si on consomme notre propre poisson en le sélectionnant sans toucher aux espèces protégées, on protège la biodiversité marine.

Cibler ce que l’on pêche, c’est préserver la Méditerranée. C’est plus écologique et l’impact de l’activité est moins importante.

Pour en revenir à la l’apnée, je pratique ce sport depuis mes 10 ans. Je me suis tournée ensuite vers l’apnée en profondeur. Je suis à ma 3ème saisons d’entrainements d’apnée en profondeur. J’atteins actuellement 85 mètres de profondeur en monopalme, qui est ma discipline préférée.

Je prépare l’entrée en équipe de France et les prochains mondiaux pour cette saison (lieu à confirmer).

Si cette discipline vous intéresse, venez voir la compétition NAC (Nice Abyss Contest) au CIPA les 25 et 26 juin prochains et les 1er et 2 juillet, nous accueillons à Villefranche-sur-Mer, le Championnat de France.

Merci. J’espère que des jeunes viendront découvrir cette pratique sportive.
Quel est ton regard sur l’évolution de la santé de la Méditerranée ?

A titre personnel, je constate qu’il y a beaucoup moins de poissons qu’avant. Par exemple, la famille des sparidés (sar, dorade, sauce) connait une baisse de sa population. Parallèlement, certaines espèces augmentent grâce des mesures qui permettent de respecter le cycle de vie des poissons. Je pense aux mérous et aux corb qui reviennent sur nos côtes suite à la mise en place d’un moratoire qui les protègent.

Mérous - photographie du musée océanographique de Monaco

Vous pouvez retrouver notre article sur les mérous, réalisé avec le soutien d’Erick.

Photographie du Musée océanographique de Monaco, site internet oceano.org


Il semble que la nature reprenne ses droits si on la laisse tranquille.

Pour protéger la Méditerranée, il faut arrêter de jeter ses déchets en mer ou dans la rue, car ils finissent en mer. Nous le voyons surtout aux abords des villes côtières comme à Nice et à Marseille.
Il y a des déchets sur les plages ou sous l’eau. Les déchets sous l’eau sont moins visibles donc on ne se rend pas compte forcément des conséquences de nos gestes. Alors qu’ils font des ravages dans les fonds-marins.
Prévenir est l’un des moyens les plus efficaces. Il faut sensibiliser les habitants à ne pas jeter leurs déchets où qu’ils se trouvent. Il faut un certain temps pour que les cultures évoluent et que les gens adoptent les bons gestes. Mais petit à petit, on constate que des évolutions positives s’opèrent.

Le chalutage de fond est une pratique à bannir car il détruit les écosystèmes marins. Il faut privilégier une pêche plus traditionnelle. Le Fret en mer doit également repenser sa manière de naviguer afin de réduire à la fois les nuisances sonores et les blessures physiques, parfois mortelles, infligées par les bateaux sur les mammifères marins.

Oui effectivement, on parle ici de la nécessaire cohabitation entre l’homme et la nature.

As tu une personne qui t’a inspirée en particulier ?

Guillaume Nery, apnéiste également, est un modèle dans mon sport et dans ma vie de tous les jours.

Un message pour les jeunes

Un message pour les jeunes qui lisent ton interview ?

Nous n’avons pas d’autres choix que d’accompagner les changements que l’on vit. La planète a vécu plusieurs fois de grands changements. Nous devons nous adapter à ces phénomènes. Nous devons accompagner les évolutions de notre écosystème sans chercher à changer radicalement le cours des choses. L’idée c’est que les changements se fassent le moins vite possible pour que la nature, qui est résiliente, puisse avoir le temps de s’adapter.
Il s’agit toujours de répéter le même discours : respectons la nature, faisons attention à nos gestes, à notre consommation énergétique notamment.

Gilles Gambini apnéiste plongeur scientifique
Gilles Gambini apnéiste plongeur scientifique

Enfin, pour les personnes passionnées qui veulent s’impliquer, exercer un métier dans le secteur de l’environnement est un moyen efficace d’agir. Il y a beaucoup de débouchés contrairement à ce qu’on pense et ce sont des métiers passionnants.

Effectivement le GIEC nous le dit dans son dernier rapport : « s’adapter au changement climatique est possible si le réchauffement est limité à 1,5°C ou 2°C ».

Merci Gilles et rendez-vous donc au NAC et à Villefranche-Sur-Mer !

Si vous souhaitez poser des questions à Gilles vous pouvez nous écrire ou le contactez via les réseaux sociaux.

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